Patrick Doutres vit et travaille à Vaulx-en- Velin. Son atelier est une vraie réserve d'objets culinaires car la collecte de fourchettes, de cuillères et de couteaux en métal argenté est le point de départ de ses créations.
Dès l'enfance, le chemin de Patrick Doutres est tracé. "A Suresnes, dit-il, j'étais cerné par Vulcain". Tout alentour, "la matière en fusion, le bruit de la forge; le travail du métal; des ateliers de télémécanique et de soudure industrielle à ma porte et l'arsenal à cent mètres de chez moi". Suresnes au bord de la Seine qui, dans les années 50-60, vivait encore au rythme des ateliers de mécanique et de fonderie et qui, dès le 19ème siècle, favorisa l'installation des industries de pointe comme l'aéronautique, l'automobile et la radiotechnique.
Patrick Doutres devient donc mécano puis métallo et ...sculpteur. Car l'ouvrier a une âme d’artiste. Il commence à travailler à 14 ans. Au même âge, il se met à fréquenter les musées, le Louvre, le Grand Palais, mais surtout le musée des Sciences des Arts et Techniques. Il s'enthousiasme pour l'énergie cinétique, les bombardements ionisants, la galvanoplastie... tout en se passionnant pour son métier. Un métier qu'il apprend étape par étape : d'abord le modelage puis l'ajustage, le tournage, le fraisage et la soudure. Jeune apprenti, il travaille la journée et étudie le soir au Centre d'études techniques pour passer son CAP. C’est là qu'il se lie d'amitié avec un orfèvre. Et c'est avec lui qu'il commence à récupérer différents objets en argent ou métal argenté: fourchettes, cuillères, couteaux, coupes, bonbonnières... pour les assembler au gré de son imagination. "J'ai commencé à faire des petites bricoles", mais au fur et à mesure, l'art et la manière aidant, les bricoles gagnent en taille, en précision ou en complexité. L'artiste récupère, classe, puise dans sa réserve. II plie, tord, coupe, martèle les pièces sélectionnées. Puis il les soude à l'argent. La sculpture est ensuite nettoyée dans un bain d'acide sulfurique puis rincée, essuyée, polie, dégraissée et vernie. Le couvert en métal argenté est aujourd'hui encore son matériau de base. Le sculpteur travaille avec des pièces chargées d'histoire qu'il achète dans les brocantes et qui pour la plupart ont été réalisées entre 1830 et 1950. La traditionnelle ménagère offerte en cadeau de mariage, les couverts que l'on sortait le dimanche et pour les grandes occasions, le temps consacré à nettoyer l'argenterie, c'est toute une époque ! Quand ces objets, devenus désuets, sont mis au rebus ou ne quittent plus guère les placards que pour s'étaler sur les stands des brocantes, Patrick Doutres leur offre une seconde vie en les détournant de leur première fonction. En matière d'art, il a bien sur des références. "Je m'inscris dans le droit fil des nouveaux réalistes", souligne-t-il, en citant les noms de Tinguely, César, Arman, Klein, Spoerri.
Certains commanditaires, particuliers ou toques blanches, lui confient leur propre série de couverts. Détournement d'objet culinaire oblige, il travaille beaucoup pour les grands cuisiniers, en France comme à l'étranger. Ici, il crée pour Orsi, Bocuse, La Tour d'Argent, Lacombe et Marguin des sculptures plus ou moins volumineuses, pesant parfois quelques centaines de kilos. Pour Garioud, il va encore plus loin. II aménage l'intérieur de son restaurant dans les moindres détails, va de la sculpture à l'utilitaire en réalisant pendule, miroir, table à fromages... Dans le milieu de la grande cuisine, son travail est renommé et ce jusqu'aux Etats-Unis, au Japon, en Malaisie ou encore en Chine. Aussi peut-il arriver de croiser des Japonais à Vaulx-en-Velin qui lui rendent visite pour lui passer commande. S'il fait le compte, pas moins de 396 de ses sculptures sont de par le monde.